Absinthe
Avant de vous parler d’Absinthe je souhaite vous présenter sa famille botanique : Les Astéracées anciennement les composées. Pourquoi composées ? parce que ce que nous appelons « fleur » (Souci, Échinacée, Marguerite, Cosmos…) est en fait un capitule c’est-à-dire un regroupement de fleur. Pour faire simple la marguerite est une « fleur de fleurs », quand j’étais plus jeune j’appelais cela une « fleur au carré ».
Chaque fois que vous enlevez » un pétale » en disant je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément … vous connaissez la suite, ce n’est pas un pétale que l’on enlève mais bien une fleur ! Il y a donc les fleurs du pourtour : les ligules ou fleurs ligulaires, et les fleurs du centre, les tubules ou fleurs tubulaires. Voici une toute petite sélection de fleurs d’Astéracées
- Camomille des teinturiers - Anthemis tinctoria (Asteroideae)
- Chrysanthème couronné - Glebionis coronarium (Asteroideae)
- Chrysanthème de Mykonos - Coleostephus myconis (Asteroideae)
- Marguerite des Canaries - Argyranthemum frutescens ’Bridesmaid’ (Asteroideae)
- Laiteron maraicher - Sonchus oleraceus (Cichoireideae)
- Chicorée sauvage - Cichorium intybus (Cichoireideae)
- Gazania rigens - Gazania rigens (Cichoireideae)
- Galactite tomenteuse - Galactites tomentosa (Carduoideae)
- Souci des champs - Calendula arvensis (Asteroideae)
- Marguerite commune – Leucanthemum vulgare (Asteroideae)
- Epervière de Lachenal - Hieracium lachenalii (Cichoireideae)
- Ostéosperme blanc - Osteospermum ecklonis (Asteroideae)
LES ASTERACÉES
Le schéma ci-dessous vous explique cela

Dans ce groupe des radiées on retrouve l’écrasante majorité des plantes de cette famille (la plus grande sous notre latitude). Pour autant nous trouverons des larges capitules chez Arnica, Cosmos, Souci, Échinacée, Zinnia, Centaurée des Alpes, Gazania, Asters des alpes, pissenlits…. Mais aussi de plus petites voir minuscules, comme chez les Séneçons, les Eupatoires, les Achillées… chez toutes les Armoises. Nous y reviendrons.

Je vous parlais plus haut des astéracées-radiées comme des « fleurs au carré F2 » ou des « fleurs de fleurs », il ne faut pas oublier dans cette famille une qui s’élève largement au-dessus du lot : l’Edelweiss, les parties blanches autour du capitule sont en fait des bractées sorte de feuilles avortées. Les fleurs elles forme le centre composé de petit « pompons » accolés les uns aux autres. En fait chaque pompon est un capitule. Nous avons donc là un capitule de capitules, que je nomme souvent une « fleur au cube F3 ».
LE GENRE ARTEMISIA
Revenons à nos Armoises, ce genre -de 30 plantes herbacées sans compter les sous espèces est composé d’arbrisseaux et d’arbustes. Je souhaitais vos égrener quelques noms latin… pour vous montrer simplement que vous connaissez du monde dans cette espèce : « Artemisia » qui tient une belle place dans la famille des Astéracées.
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- Artemisia abrotanum ou Aurone ou arquebuse (1)
- Artemisia absinthium ou Absinthe que nous verrons en détail plus loin. (2)
- Artemisia arborescens ou arborescente que l’on trouve sur une zone classée conservatoire du littoral : peu après la plage de Gigaro en prenant le sentier des douaniers pour aller au Camarat en passant par le Cap Lardier puis le Cap Tailla…
- Artemisia dracunculus l’Estragon (7) photo Ferme de Ste Marthe
- Artemisia genipi ou Génépi noir
- Artemisia glacialis ou Génépi blanc (5)
- Artemisia Herba-alba ou herbe blanche très utilisée au Maghreb
- Artemisia ludociciana (3), et tridentata (4) deux espèces qui sont souvent appelé « sagebrush » et sont la « Sauge » des Lakota qui l’utilisent en rouleau (de tiges et feuille séchées) pour les rituels de fumigations.
- Artemisia vulgaris grande plante en taille et en thérapeutique, la seule sous nos latitudes que l’on puisse utiliser sous forme de « moxa ». (6)
- Enfin celle dont on a fait l’éloge entre 2020 et 2023 Artemisia annua, qui fut mise sous forme de macération type limonade et donnée à tous les habitant de Madagascar…. Cette île ne vit aucune hospitalisation d’urgence… (de quoi se poser des questions) nous en reparlerons sans doute.
Cette liste n’est évidemment pas exhaustive…Les photos de 1 à 6 sont prises dans le Jardin du Couvet ou nous développons une collection Artemisia et une autre Salvia, la 7 est issue de la ferme de Ste Marthe ou nous commandons nos graines bio puisque le Jardin du Couvet est labélisé en bio.

L’ABSINTHE
Revenons maintenant à l’absinthe parfois nommée grande absinthe car en fonction du biotope elle peut atteindre 150 cm. Il existe une cousine : Artemisia pontica de l’ordre de 40 cm qui est appelée petite absinthe….
On lui donne beaucoup de noms locaux : absin, alvine, aloïne, herbe aux vers, herbe aux vierges, armoise amère, herbe de la Saint Jean. (Elle remplaçait l’Armoise vulgaire dans des sites ou elle n’était pas présente ; mais c’est bien A. vulgaris qui est plante de la Saint Jean)
Description :
Elle se présente sous forme d’un arbrisseau vivace, de 50 cm à plus d’un mètre, elle est totalement recouverte d’un duvet soyeux et argenté.
La racine est un rhizome solide, dur, cassant prêt à repartir ; pour autant elle s’étant moins que la tanaisie une proche cousine
La tige est droite, de couleur vert argentée, délicatement cannelée, puis à une vingtaine de cm du sol elle se ramifie et se couvre
de feuilles ‘epta’, ‘penta’ ou trilobées. Celles-ci sont alternes gris vert sur le dessus et blanche sur le dessous elles sont plus rondes et moins effilées que celles de A. vulgaris. En rosette lâche en bs de tige elles peuvent faire 25 cm de long et ont un long pétiole, les caulinaires ont de pétioles courts et sont moins divisées, les sommitales sont souvent sessiles et a trois lobes.

Les fleurs sont matures de juin à septembre en fonction de l’altitude. De couleur jaune, Composées de tubules, elles ont une petite taille n’excédant guère le centimètre. Nombreuses elles s’agglutinent sur le tiers supérieur de la plante, en panicules lâches.
Les fruits sont des akènes de très petite taille 2 mm deux fois plus grand que ceux d’A. annua.
Toute la partie aérienne de la plante a de nombreuses glandes oléifères. On en extrait d’ailleurs une HE intéressante, entre-autre, pour son action vermifuge (et non vermicide) qui amène les parasites à l’extérieur, c’est quand même mieux que vermicide : morts sur place !
BIOTOPE
Originaire de zones continentales à climat tempéré, on la trouve sur toute l’Europe et l’Asie, l’Afrique du Nord. Ailleurs elle est naturalisée. Pionnière on la trouve sur des terrains incultes et arides, des pentes rocheuses, des pierriers, en bordure de chemins et champs.
Sols meubles, un peu humides ou semi lourds, riche en azote elle est peu exigeante, seul nécessaire la lumière comme toutes les astéracées.
ABSINTHE ET SANTE
Elle est très utilisée en pharmacopée traditionnelle et familiale jusqu’au milieu du XXe siècle.
« La recherche médicale a confirmé certaines propriétés pharmaceutiques découvertes par les médecines traditionnelles, mais en a aussi trouvé d’autres : cette plante a aussi un effet antiprotozoaire, antibactérien, antifongique, anti-ulcéreux, hépatoprotecteur, anti-inflammatoire, immunomodulateur, cytotoxique, analgésique, neuroprotecteur, antidépresseur, procognitif, neurotrophique, stabilisante et antioxydant de la membrane cellulaire ».
EN USAGE INTERNE, elle le fut sous forme de poudre, en décoction et infusion parfois en vin ou bière, pour libérer les intestins des parasites : c’est un vermifuge puissant et pour les coliques et maux de ventres ; mais aussi contre les maladies de l’estomac, en tisane pour la digestion. Tonique elle faisait merveille contre la fatigue, les nausées, le mal de mer, la fièvre. Contre l’anémie, les problèmes de bile, les enflures et autres œdèmes. Elle stimule la vésicule biliaire
EN USAGE EXTERNE
En cataplasme chaud ou en décoction et compresse :
sur le ventre pour les douleurs de règles,
sur les yeux compresse ophtalmiques pour pallier aux irritation.
Elle est contre indiquée en cas de fragilité biliaire et hépatique
« C’est l’une des plantes qui, après une étude de criblage à haut débit, a été retenue comme candidate pour produire un possible médicament contre le SARS-CoV-2, responsable de la pandémie de Covid-19. » Sic wikipédia ce que l’on peut comprendre grâce à avec sa proximité de A. annua
USAGE AU JARDIN - CULTURE - ENTRETIEN
Il est possible de la semer (mars-avril) : plus simple sans doute de la cultiver par éclats de pieds aux équinoxes. Une taille coute au printemps permet de régénérer la plante, et donc augmenter sa durée de vie. Il peut être judicieux que cette taille ne se fasse ni le lundi, ni à la pleine lune… mais plutôt le mardi en lune descendante si vous souhaitez renforcer le pied, ou montante si vous privilégiez la récolte. Certains la considère comme envahissante. Pour ma part j’en ai trois plants depuis 4 ans, sans avoir besoin de la limité pour le moment, je la taille chaque année.
« L’extrait fermenté ou purin d’absinthe possède des propriétés répulsives et insectifuges (repousse les femelles pondeuses de piéride du chou et de carpocapse) et fongicides (notamment sur la rouille du groseillier) » sic Wikipédia. Elle repousse aussi les acariens…
L’absinthine qu’elle sécrète au niveau racinaire, laisse le sol vide sous et autour d’elle, il est donc préférable de ne pas la poser au centre de culture, mais en bout de ligne de rosier (elle attire les pucerons qui laisseront vos rosiers tranquilles) ou en bordure de planche de culture.
Le Basilic, le Fenouil, la Sauge officinale, l’Anis vert, la Tomate et les Pommes de terre n’apprécient guère sa compagnie.
Infusion pour le jardin : pour 1 litre d’eau à ébullition, mettre une grosse poignée de feuilles et fleurs. Couvrez et laissez l’infusion refroidir. Au bout de 24 h il vous suffit de filtrer et c’est près à l’usage contre les pucerons, les limaces, les piérides, les altises, les mouches du cerisier…
Décoction pour le jardin : Dans un litre d’eau froide, mettre une poignée de fleurs et feuilles, laisser reposer 24 h, puis porter à ébullition 20 minutes. Filtrez après refroidissement complet pour l’utilisation.
Il faut lui apporter du compost mature au printemps, bien qu’elle résiste bien à a sècheresse, si vous voyez qu’elle souffre, arrosez là un peu. On peut pailler en été pour apport de fraicheur et en hiver, pour la protéger du froid… Il peut être judicieux de la tailler

EN PLUS
La Fée verte une lie-cœur incomprise
Utilisée en pharmacopée traditionnelle elle a donné la fameuse liqueur verte… que l’on trouve sous divers noms aujourd’hui. Celle-ci fut interdite non pas parce que dangereuse entant que telle, mais surtout parce que la demande augmentant on est devenu moins vigilent sur la distillation.
Il est connu qu’en distillation en enlève deux partie clé :
- La tête qui contient les éléments les plus volatiles et souvent neurotoxiques ; c’est pourquoi on met le doigt sous le filet qui sort de distillation et on le sent tant que cela sent l’alcool à bruler comme dirait mon mai Matthieu, on élimine…
- Quand cela commence à sentir bon on garde, c’est ce que l’on appelle le cœur…
- En fin de distillation l’odeur devient forte, prenante, âcre, Il faut arrêter de vouloir conserver la suite, car la queue arrive (appelée parfois huile de mort) qui contient elle toutes les molécules lourdes et toxiques, elles aussi.
Pour un rendement plus grand on était moins regardant sur ces deux parties qui finissaient souvent dans le produit fini d’où les problèmes qui s‘en suivirent et firent interdire « la belle verte ».
Aujourd’hui la plupart des absinthes titrent entre 50 et 55 degrés. L’absinthe peut être :
- Incolore car tout élément issue d’une distillation perd sa couleur a la première ou 2è passe.
- Verte car teintée le plus souvent artificiellement, ou naturellement avec des plantes riches en chlorophylle.
Pour ce qui est de la fée verte, je ne suis connaisseuse que de celle produite par Matthieu Frécon au sein de la distillerie Edelweiss
Sa signature liée à la déesse Artémis
Toutes les espèces d’Artemisia ou Armoises sont liées à la déesse Artémise.
Artemis, de son nom grec, est la fille de Zeus et de Leto, et sœur jumelle d’Apollon. Déesse de la chasse et de la nature, elle est protectrice des animaux et des lieux sauvages, déesse de la lune, des accouchements elle protège les nouveaux nées et les jeunes enfants. Elle réside comme son père sur le mont Olympe. Ses attributs sont l’arc, et le carquois ainsi que le croissant de lune.
S’il est vrai qu’Artemisia vulgaris, porte les attributs des flèches avec des feuilles dentelées, c’est l’aspect lunaire qui s’exprime en quasi plénitude dans Artemisia absinthium, car la blancheur globale de la plante en est le reflet dans sa signature physique. Il l’est aussi dans un des aspects thérapeutiques lié au rêve, aux problèmes de menstruation et de ventre en général.
Il devient plus aisé d’extraire une spécificité d’A. absinthium par rapport à A. vulgaris.
Les principales différences sont au niveau :
- des feuilles avec une découpe plus douce pour A. absinthium et une blancheur plus uniforme alors que A. vulgaris a le dessus de ses feuilles plus vert brillant et elles sont plus acérée.
- les tiges de A. vulgaris sont brun-bordeaux, celle de A. absinthium sont vert clair…
- Pour les fleurs c’est plus délicat….





