Le Cyprès

14 décembre 2023

Le Cyprès de nom scientifique Cupressus sempervirens, de la famille des Cupressacées est originaire de régions tempérées à chaudes de l’hémisphère nord. Les Cyprès sont intégrés dans le grand groupe des conifères. Ce sont souvent des arbres parfois arbustes, qui ont une frondaison vive, toujours verte d’où le nom d’un d’eux : de semper (toujours) et virens (vert).

Description de l’arbre de Cupressus sempervirens

Son écorce est râpeuse et rougeâtre. Les racines sont très ligneuses, ce qui lui confère une bonne stabilité dans le sol et il peut mesurer jusqu’à 40 mètres. Les branches sont faites de rameaux irréguliers couverts de feuilles qui sont des écailles triangulaires de 2 à 5 mm de long, enchâssées les unes dans les autres. Certains arbres jeunes peuvent aussi avoir des aiguilles fines de 5 à 15 mm qui peuvent les faire confondre avec des genévriers, sauf que celle-ci ne piquent pas…
La plante est monoïque. Les deux sexes se retrouvent sur le même arbre. Les inflorescences femelles sont sous forme de fruits (appelés cônes) globuleux et portent les pistils parfois appelées aussi noix du cyprès. Les fleurs mâles sont petites et ovoïdes et portent les étamines…
Les cônes sont formés de 6 à 12 écailles disposées par paires décussées (opposées-alternes). Les cônes femelles sont matures au bout de 18 à 24 mois après la pollinisation et peuvent atteindre jusqu’à 4 cm (le plus souvent 2 ou 3 cm). Les écailles des cônes sentent la résine et une odeur de citronnelle.
Les graines, doublement ailées, font entre 4 et 8 mm.
Son bois fut utilisé pour les parquets et les portes dans le temple de Salomon. Les cercueils en Égypte et en Crète Il est aussi apprécié aujourd’hui en lutherie : guitares, luths, tambourins, harpes…
Le genre Cupressus regroupe une trentaine d’espèces.

Biotope et répartition…

C’est donc un arbre à feuillage persistant, commun dans toute l’Europe, il est parfois planté en coupe-vent dans des zones exposées, et servait de protection à des cultures plus fragiles comme les citronniers et les orangers doux ou amers. On le trouve de l’ouest de USA, en Amérique Centrale, comme au Viet Nam, en Chine, dans le bas de l’Himalaya, au Moyen-Orient… dans l’Europe de l’Ouest jusqu’en Irlande de l’ouest…
Seul le Cyprès C. sempervirens peut se trouver en altitude, chez nous il fait plus de 20 m de haut a sans doute plus de 250 ans, et arrive à tenir à -15°C.
Il est souvent cultivé, entre-autre dans le sud de la France, le bois de certaines espèces est utilisé il est solide et durable, en particulier pour les clavecins. Il était aussi utilisé pour les navires, ou des extérieurs de maisons… il peut être recherche par les marqueteurs, sous forme de loupe ou plus simplement pour sa texture et sa couleur…
On ne le trouve pas dans la moitié nord de la France, pour le moment.
Il a mauvaise presse depuis quelques années, car souvent mis en cause dans les allergies de printemps (floraison en avril), particulièrement en Languedoc-Roussillon.

Usages Thérapeutiques

« Certains de ses usages étaient déjà mentionnés dans un texte assyrien vieux de 35 siècles » Sic Pierre Lieutaghi in le livre des arbres arbustes et arbrisseaux chez Actes Sud. Il mentionne aussi qu’au premier siècle avant JC on connaissait déjà ses propriétés astringentes qui étaient liées à la richesse en tanins, ainsi que celles balsamiques de ses noix que l’on faisait sécher encore verte et que l’on employait concassées ou pulvérisées…

Propriétés :
Décongestionnant veineux, lymphatique, prostatique, emménagogue, anti-infectieux, rééquilibrant nerveux général, neurotonique, tonifiant vasculaire, hormono mimétique (de type oestrogen like, pour certain perturbateur endocrinien), antispasmodique, régulant sudorifique (comme la sauge officinale) Antitussif.

Recommandations :

- Congestions veineuses : jambes lourdes, varices, hémorroïdes, stases veineuses, engelures, ulcères variqueux, règles difficiles, prostatite, congestion du petit bassin…

- Nerveuse : Asthénie profonde, irritabilité, fatigue nerveuse

- Peau : transpiration excessive, cellulite, vieillissement

- Respiratoire : toux persistantes, rhinites, laryngites, coqueluche, bronchite, pleurésie, tuberculose pulmonaire, emphysème, asthme

- Excrétoire : énurésie infantile, diurétique, rétention de liquides, œdème des membres inférieurs

Différentes formes et usages
La plante est utilisée sèche en tisane (pour des usages proches de ceux de l’huile essentielle), en extrait fluide aqueux comme antidiarrhéïque, en ampoules, en teinture en gélules, en pommade ou suppositoires pour les hémorroïdes et les problèmes variqueux, les métrorragies, les troubles de la ménopause pour lesquels on peut faire une tisane
En Égypte ancienne, on utilisait la poudre de graines séchées finement pulvérisées sur les plaies pour les cicatriser, en particulier lors de la circoncision
Pour le Docteur Yves Réquéna, spécialiste de médecine chinoise, le cyprès est lié aux éléments bois, terre et métal. « Il tonifie et régularise les fonction Foie-Vésicule Biliaire et donc intéressant pour les infections hépatiques, l’hépatomégalie, les troubles des règles par insuffisance d’œstrogènes, les varices et hémorroïdes, les hémorragies et l’énurésie. » Il ajoute : « il tonifie et régularise également les fonctions Rate-Pancréas et Estomac, comme la coqueluche, tonifie et régularise le mental, les infections pulmonaires, toux, grippe, aphonie, et disperse de parasympathique…
Propriétés physiques et chimiques dans - « Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigène s – J F Cazin - Éditions le jalon des Savoirs - réédition 1997
Toutes les parties de la plante répandent une odeur térébinthacée des plus prononcée ; on peut en obtenir, par incision, une résine analogue à celle du pin, qui soumisse à distillation, produirait une essence et laisserait pour résidu une résine analogue à la colophane.
On a employé le bois comme astringent, sudorifique et diurétique, et les fruits, connus dans les pharmacies sous le nom de galbules ou noix de cyprès comme astringents. Hippocrate employait le bois dans les affections utérines. Galien en recommande le fruit dans la diarrhée. La thérapeutique moderne en a conservé l’usage. On les emploi dans les diarrhées, les flux muqueux, les hémorragies passives, et même comme fébrifuge. Lanzoni les regarde comme aussi puissants que le quinquina dans les fièvres intermittentes. Silva, pharmacien à Bayonne a proposé un sirop anti-dysentérique ainsi composé : noix de cyprès fraîches concassées 250 g, eau bouillante 750 g, sirop simple 1000g, alcool 60g. Faire infuser les noix dans l’eau pendant 24 heures, passez, filtrez l’infusion ; ajoutez l’alcool et mêlez le tout au sirop réduit. On conçoit que ce sirop ne peut être employé que dans les cas assez rares ou les astringents peuvent être employés sans inconvénient. Sère de Muret a employé avec succès la noix de cyprès en fumigations et embrocation dans plusieurs cas de tumeurs hémorroïdales et de collapsus du rectum.

Nous aborderons son huile essentielle dans une autre feuille de la sauge.

Symbolique

Sa couleur toujours verte en a fait un arbre lié à l’immortalité. Il porte toujours des fruits, son bois est quasiment imputrescible, l’odeur du bois est prenante ! C’était le bois des cercueils ces Papes, et aussi aujourd’hui celui des dignitaires ou religieux … Il était planté en bordure ou dans les cimetières, il est parfois dit que c’est pour que leur feuillage en forme de flamme qui aide les âmes à s’élever… Il est donc symbole de tristesse et de deuil…
A l’opposé le vert de sa frondaison, toujours égal à lui-même, jour après jour donne aussi l’image de renaissance de vigueur, de vitalité retrouvée, peut-être de résurrection, c’est ce qui lui vaut d’être aussi associé à la longévité. Sa croissance est lente et son bois serré.

C’est Apollon qui lui aurait donné son nom…
Cyparisse fils de Télèphe, descendant d’Héraclès, est aimé d’Apollon qui lui a offert un cerf sacré, (une biche sacrée dans certain récits) animal pour lequel Cyparisse nourrissait un amour puissant. Apollon lui offrit également un javelot, en chassant il tua son propre cerf (parfois on trouve que c’est Apollon qui pour lui prouver son habileté a tué l’animal par méprise). La tristesse inconsolable de Cyparisse lui fit demander à Apollon de pouvoir pleureur son animal pour toujours et que ses larmes coulent sans s’arrêter. Alors Apollon le transforma en Cyprès. Il lui permettait ainsi d’atteindre une sorte d’immortalité. Sans passer par les enfers pour son geste, et d’être dans une énergie de renaissance … En effet le cyprès pleure des gouttes qui ressemblent à des larmes… Le bois dit-on protège des afflictions du deuil. Un rite funéraire consiste à poser dans le caveau ou le cercueil du défunt un rameau de Cyprès.

Au Maroc une tradition consistait à tremper les globules femelles dans de l’argent liquide. Ce dernier en entourant le globule en faisait une perle de taille qui s’offrait en collier à « l’amour de sa vie », parfois un seul globule sur une cordelette en faisait un « mâlâ » de prière, plus récemment un porte clé … Il manifestait aussi une protection sur l’être aimé…

Au Japon une variété de Cyprès est consacrée à la construction des temples dans le rite Shintô sans doute pour ses qualités d’incorruptibilité et de pureté, c’est la variété Hinoki, que l’on peut faire bruler sous forme de poudre de bois, ou utiliser sous forme d’huile essentielle.
En Chine il tient une place réelle et symbolique dans les loges des sociétés secrètes, souvent associé au Pin.

Si l’on plantait un cyprès près d’une maison c’est que l’on pouvait y trouver de quoi boire, deux cyprès de quoi boire et manger… trois cyprès : c’était le gite et le couvert…
Sa forme phallique parle de fécondation, d’opulence, de renouveau ; il tient lieu de symbole érotique au travers des millénaires, jusqu’à la Grèce ou il devient arbre de deuil…
Cette forme phallique a été aussi utilisée comme protection des prés, où venait le bétail et en protection de celui-ci, en cela il tient de Saturne et Mars.
Il semblerait aussi que les flèches d’Éros, comme le sceptre de Jupiter soient issues de son bois.
On en faisait avec des branches solides des « cannes de guérison ». Utilisée par le chaman, qui la passait sur le malade ou en touchait des points à soigner, puis il la plongeait dans le feu pour évacuer les scories, le bois lui ne brûlant point…

Son bois est utilisé comme encens, qui peut rentrer dans des envoutements d’amour, une histoire raconte un lien entre le lis blanc, et le Cyprès : une huile de lys blanc de la poudre de bois, et l’invocation d’Anaël, permettrait de s’arroger les faveurs de l’être aimé…

Cet arbre de la mort et de la renaissance, est puissant, il peut avec le temps devenir un arbre maitre car sa croissance et sa longévité sont des atouts importants. Surnommé « Arbre de Vie » chez le grecs et les romains, il est lié à l’enfer et ses divinités comme : arbre des mondes souterrains ; mais sa taille et sa pointe fendant dans le ciel nous montrent un arbre puissant, vivifiant et de renaissance… Il allie les contraires tout en exprimant des qualités de Saturne et Vénus, le temps et l’amour, la longévité et les sentiments de protection, la santé durable et la douceur de son bois réconfortant….
Son huile essentielle a de nombreuses vertus que nous détaillerons prochainement dans une autre Feuille de la Sauge

Tableaux
Les Cyprès de Van Gogh (1889) mais ils sont présents sur de nombreux tableaux du peintre…
Des tableaux représentant la Toscane ont souvent des cyprès dans le paysage, c’est un biotope où il vit heureux…

En savoir plus
Livres

- Le guide des encens – Suzanne Fischer-Rizzi (p 212) Éditions Gange

- Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes – J F Cazin - Editions le jalon des Savoir - réédition 1997

- La mythologie des plantes - Angelo De Gubernatis – Editions Arché Milano – 1976

- Culture des plantes médicinales – CL Abrial – Éditions JB Baillère & fils – Paris -1928

- Les Conifères et autres sempervirens– Sabatiers – Éditions Glénat – 2000
– Les plantes à parfum & les plantes aromatiques - Antoni Rolet – Éditions JB Baillère & Fils – Paris - 1930

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